“Je comprenais donc que mon handicap était le fruit d’une construction, que la société avait décidé d’exclure mon corps du schéma qu’elle avait tracé pour la validité et de m’accoler des formes d’incapacité qui me désignaient comme handicapée. Cette identité qui m’était imposée regorgeait de négativité et apparaissait, aux yeux des valides, comme une tare à porter, dont j’avais intériorisé la honte. Mais pourquoi ressentais-je cette honte ?”
On peut partir de cette citation extraite du livre De chair et de fer de Charlotte Puiseux pour questionner la manière dont notre société greffe sur le handicap un regard qui, malgré les bonnes volontés ambiantes, est toujours empreint d’une sorte de déploration du malheur que c’est d’être handicapé. Notre conception courante du handicap héroïse les efforts pour le transcender – exemple des handisports donné dans le même livre par Charlotte Puiseux – toujours selon des normes et suivant un regard validiste bien ancré et qui admet implicitement quoique manifestement (vigueur des représentations) que le handicap serait une anormalité fondamentale, un défaut à réparer. La capacité de certaines personnes à dépasser leur handicap est vu comme un accomplissement, toujours selon une norme instituée par le système dit “validiste” (traduction du terme ableism anglophone) selon laquelle les corps handicapés sont en défaut (de validité).
Charlotte Puiseux insiste en outre sur le concept de “retournement du stigmate” qui permettrait d’exalter la fierté d’être une personne dite handicapée. Charlotte Puiseux adopte une perspective intersectionnelle qui croise les conceptions de la différence dans nos sociétés – croisement des luttes. La norme étant souvent, dans notre société occidentale, d’être un homme cis, hétérosexuel, de couleur blanche. Cette identité normative est transmise dans les médias, les représentations, etc. et de fait infériorise les personnes auxquelles cette identité n’est pas appliquée.
La lutte politique permet de revendiquer la fierté identitaire d’être autre. Selon Charlotte Puiseux, “Le capitalisme étant fondé sur l’exploitation de la force de travail, la compétitivité, l’endurance à l’effort de production, la flexibilité, il exclut d’emblée les corps handicapés de ce qui est valorisé et valorisable.” La réflexion sur la place du handicap dans notre société aborde en conséquence la critique d’un système dans sa globalité. Selon un avis personnel, on peut constater que, le plus souvent, les structures d’emploi ordinaires ne se tourmentent pas de donner place au handicap, qu’il soit visible ou invisible. Quant aux structures adaptées, elle sont souvent des institutions où les personnes sont exclues des instances décisionnelles et ont pour tout rôle celui d’exécutantes de travaux qui mettent en jeu le physique mais excluent tout apprentissage de la pensée.
À titre de renseignement et pour alimenter la culture générale, la loi française de 2005 sur le handicap, qui structure les politiques du handicap en France, dresse une typologie du handicap en sept groupes (je reprends ici le texte de Charlotte Puiseux qui les énonce) : “le handicap physique, qui a trait aux difficultés de mouvement du corps ; le handicap sensoriel, qui touche un ou plusieurs des cinq sens ; le handicap mental, défini par une intelligence plus basse que la moyenne (“intelligence” étant à comprendre au sens de capacité mesurée par des tests spécifiques) ; le handicap cognitif, qui touche les capacités d’apprentissage mais pas l’intelligence en elle-même ; le handicap psychique, qui est en lien avec l’appréhension raisonnée et sensée de la réalité ; le polyhandicap, c’est-à-dire l’accumulation de handicaps physiques et mentaux ; et pour finir les troubles de santé invalidants, soit une variation plus ou moins ponctuelle d’un état de santé jugé normal à la base.”
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